REGARD D’AMOUR

Écrit par Père Jean Kita

La résurrection date de 15 jours. Le rêve est  fini pour les Apôtres. Chacun est retourné à ses habitudes. La vie a repris ses droits avec son lot  de vicissitudes, ses bonnes et mauvaises pêches. Chacun, sans doute garde en son cœur le souvenir du temps passé et de sa présence. Avec lui, la pêche  prenait  des allures  de fête ! Avec lui, tout  devenait facile ! Il est là, sur le rivage, mais leurs yeux sont aveuglés! Que faut-il donc pour le reconnaitre? Une parole ? Un geste ?  Un miracle ? Pourtant, cette parole ils l’ont déjà entendue, ces gestes, ils les ont déjà réalisés, ce miracle, ils l’ont déjà vécu ! Et cela ne leur suffit pas !  Il n’y en a qu’un pour dire :« C’est le Seigneur ! » Celui que le Seigneur aimait, celui qui au pied de la croix a aimé  jus-qu’au bout. Seul l’amour permet de nommer l’Amour !

Et si la clef pour reconnaitre le Ressuscité était tout simplement là, dans ce regard d’amour que l’on ose poser sur les évènements et sur les êtres, et qui nous ouvre à la vie ? Sans doute, nous sera-t-il facile de le reconnaitre dans les sourires, les joies et les réussites ! Mais lorsque notre Foi vacille, peut-être nous faudra-t-il alors puiser, comme Jean, dans l’expérience de notre Foi pour reconnaitre le Ressuscité. Peut-être aussi aurons-nous besoin, comme Pierre, qu’un autre nous dise : « C’est le Seigneur ! » Laissons-le alors nous communiquer sa passion : elle nous remettra debout et à notre tour, nous serons témoins de l’Amour et nous pourrons dire : « Seigneur, tu sais bien que je t’aime ! »

   A propos de la barque de Pierre, cette barque, c’est l’image de l’Eglise qui tantôt ramène sur le rivage une pêche fructueuse, tantôt, rentre bredouille. Pour St Jean, nous savons que sans le Christ, nous somme dans la nuit du doute et de l’échec. Pour porter du fruit, toute vie a besoin de la lumière de Dieu. Aujourd’hui comme hier, il est toujours là, il attend, il interpelle. C’est de l’autre rive, du côté de la Vie éternelle, que Jésus invite ses apôtres pour jeter à nouveau les filets. Et la pêche est abondante ! Pierre spontanément, se jette à l’eau, il passe un vêtement pour cacher sa nudité qui, en langage biblique, est signe de misère, de honte, de péché. Ce geste de Pierre est un geste baptismal : nous devons revêtir le vêtement du baptême, nous devons plonger dans les eaux de la Vie. Le filet, c’est l’image du Royaume de Dieu. Le filet doit emporter tous les hommes dans la gloire de Dieu et, cette fois, le filet ne se rompt pas car nul n’est exclu de l’amour de Dieu. Lors de la première pêche miraculeuse, Jésus était dans la barque ; lors de la seconde, après la Résurrection, il nous attend sur le rivage de son éternité. Aucun de ses disciples n’a osé lui demandé : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur ! Saurons-nous discerner à notre tour sa présence ? Saurons-nous lui faire confiance ? Saurons-nous lui répondre à sa question : « M’aimes-tu ? » Jusqu’où sommes-nous capable de le suivre, de nous engager, malgré notre fragilité et nos faiblesses,  pour témoigner de lui dans ces temps que nous vivons ? Même si la barque Eglise connait actuellement des difficultés, cela ne discrédite pas l’évènement Pascal qui est et restera le cœur et la source de notre Foi. Que notre regard ne se lasse pas de contempler le Christ ressuscité !                              † Père Jean KITA