Écrit par Père Jean Kita

24° Dimanche Ordinaire - Vy les Lure 2019

   Avez-vous déjà remarqué que lors des débats sur n’importe quel sujet abordé, il y a toujours des ‘’pour’’ et toujours des ‘’contre’’ ! Il y a souvent des râleurs à l’image de ces pharisiens et de ces scribes de l’Evangile qui récriminaient contre Jésus :’’Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux !’’.Il y avait à cet époque un précepte rabbinique qui disait : ’’ Que l'homme ne fré-quente pas l'impie, fût-ce pour étudier avec lui la sainte Ecriture’’, sinon on contractait une impureté légale ! Autrement dit, ces pharisiens et ces scribes étaient devenus sectaires ! Ils jugeaient ceux qu’ils qualifiaient de ‘’perdus’’

   A la manière orientale, au lieu de fourbir des arguments, Jésus leur raconte des histoires, des paraboles dont ils n'auront pas de peine à saisir la pointe. Pour lui,

   - Un berger a cent brebis. Ce n'est pas énorme, comparé aux milliers qu'avaient les riches. Une de perdue, cela compte !

   - Une femme a dix drachmes. C'est bien toute sa fortune. Elle en perd une, l'équivalent d'une journée de travail. Pour elle, la perte est importante.

   - Quand au fils qui demande sa part d’héritage pour mener sa vie comme il l’entend, quel drame pour son père de ne pas se sentir aimé comme il se doit !

   Par ces 3 paraboles, Jésus nous explique comment Dieu voit le pécheur : le pécheur est quelqu'un que Dieu a perdu. Il appartient pourtant à Dieu pour lequel il est précieux. Mais c'est un avoir de Dieu qui se perd ! Dieu le considère d'abord comme son avoir qu'il a perdu. Et il se met à sa  recherche, pas seulement en un rapide tour d'horizon, mais avec ténacité et patience jusqu'à ce qu'il le retrouve.

Réflexion faite, Jésus n'a-t-il pas été jusqu'au bout de sa peine, jusqu'à la croix pour retrouver notre humanité qui s’égare ? Et voyez ce qui se passe quand il a retrouvé sa brebis, il la prend sur ses épaules. Et il est tout joyeux, au point qu'il invite ses amis et voisins - la femme, ses amies et voisines – le Père, à son fils aîné pour leur dire: « Réjouissez-vous avec moi car j’ai retrouvé ma brebis perdue, ma pièce d’argent perdue… mon fils perdu est retrouvé !

   Les sentences rabbiniques prêtaient à Dieu une bien autre joie : L’une d’elles disait : « C'est une joie pour Dieu quand ceux qui l'ont mis en colère disparaissent du monde ». On mesure à ces deux joies, la distance entre le Dieu des pharisiens et celui de Jésus. Vraiment, ce n'est pas le même. Le ciel se réjouit ! Même les anges de Dieu participent à sa joie. Quoi de plus grand que la joie de Dieu, la joie en Dieu !

   St Paul qui était un ‘’blasphémateur, un persécuteur violent’’ contre les premiers chrétiens savait ce que c’était que d’être pardonné. Il nous en disait la joie dans la seconde lecture de ce jour,  la joie de savoir que ‘’Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs… Il m’a fait miséricorde ! ’’Si nous avons  l’occasion de prendre conscience de l’amour dont nous sommes aimés, alors il nous sera donné de pouvoir nous réjouir ‘’pour un seul pécheur qui demande pardon’’.  Telle est la force de la miséricorde de Dieu !

   Le péché qui nous égare n'est pas innocenté, bien au contraire : il est effroyable ! Mais si la conversion d'un seul pécheur provoque un tel soulagement d’être retrouvé, heureux et toujours aimé : quel Dieu !  Admirons sa grandeur ! Car c'est bien de Dieu qu'il s'agit, c'est lui le personnage premier. C'est sa peine pour son bien qui lui tient à cœur, qui nous est décrite par Jésus. C'est lui qui est dit joyeux des retrouvailles. Oui, Dieu est ainsi. ça vaut la peine de chercher à le comprendre, à venir écouter cette bonne nouvelle de première importance !

  Dieu est patient, toujours là à nous rechercher inlassablement,  à nous attendre patiemment.

Ah ! Si chacun pouvait mesurer la grandeur de l’amour miséricordieux de Dieu pour chacun, au lieu de le zapper, de le critiquer ou de le fuir, beaucoup reviendraient à Lui ! Grande serait notre joie ! Grande serait la joie de Dieu ! Amen.

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Écrit par Père Jean Kita

23° Dimanche ordinaire – La Côte 2019

Qui donc est Jésus pour demander de tels arrachements affectifs à ceux qui veulent le suivre ? « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » Avouons que c’est quand même dur d’entendre de telles paroles…9a fait même un peu peur... Mais comme toujours avec Jésus, il faut aller plus loin, dépasser notre sensibilité…

Cela me fait penser à une anecdote personnelle. Lorsque Mgr Lacrampe m’a nommé à Lure, cela a peiné ma maman parce que  cette nomination m’éloignait de chez elle : Gray : 20 kms…Lure 90 kms !  L’année suivante, lors d’un rassemblement des Equipes du Rosaire à Vesoul, ma maman, saluant l’évêque, lui fait cette remarque : ‘’Monseigneur, quand vous faites les nominations, est-ce que vous pensez aux mamans des prêtres ? – L’évêque surpris, quelque peu embarrassé ne savait que dire… Et Ma maman de poursuivre : ‘’O, je sais bien que mon fils n’est pas prêtre pour sa maman !’’ Et l’évêque de lui répondre : ‘’Voilà une vraie maman de prêtre !’’

A bien réfléchir, pour être véritablement disciple et donc pouvoir aimer en plénitude, il faut élaguer ce qui empêche de marcher à la suite de Jésus. Préférer le Christ à quiconque et même à sa vie, Ce n’est pas pour ne pas les aimer, mais bien au contraire, pour  les aimer en vue de ce qu’ils doivent devenir pour Dieu. Jésus ne vient pas supprimer nos liens familiers, nos amitiés. Il vient les purifier, les transformer, je dirais même : les diviniser. « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple ». Il y a des détachements qui peuvent nous faire souffrir, mais qui  peuvent aussi devenir des chemins de vie. Ah, si nous arrivions à penser, quand nous titubons sous l’épreuve, que Jésus est là, tout près de nous, marchant devant nous, trébuchant lui-même sur ce chemin de croix mais qui le mène à la joie de la résurrection ! Sans doute, notre chemin serait moins rude. Et je pense ici à Simon de Cyrène, « chargé de la croix pour la porter derrière Jésus »… N’est-il pas l’image du vrai disciple ?

« Quel est celui qui (avant de bâtir ou de partir en guerre...) ne commence par s’asseoir... », interroge Jésus. En bon oriental, Jésus sait qu’on ne traite jamais une affaire sérieuse en restant debout. Qui veut discuter un projet commence par s’asseoir. On s’énerve moins ainsi et on prend tout son temps. Suivre Jésus est une aventure de longue haleine et il faut pouvoir aller jusqu’au bout. Autrement dit : Pas sérieux, s’abstenir ! Avant de t’engager, assieds-toi et prends le temps de réfléchir !

En ce début de septembre, cette invitation de Jésus arrive à point. Une année nouvelle est là devant nous. Tout reprend : l’école, la vie professionnelle, le catéchisme, les engagements... Pour ne pas vivre à la surface de nous-mêmes, ne pas ronronner dans les habitudes prises, la prière est précieuse : elle est un secret de vie,  profond et vraiment efficace, qui donne sens au partage fraternel avec d’autres.

« Qui ne renonce pas à tous ses biens, ne peut pas être mon disciple ». En finale de cet Evangile,  tombe le couperet de la parole du Christ. C’est pour cela qu’il « fallait » s’asseoir : on ne suit pas Jésus dans la facilité. Celui qui n’est pas prêt à aller jusqu’au bout de l’entreprise ferait mieux de ne pas commencer : renoncer à nous rechercher nous-mêmes dans nos affections... renoncer à notre propre vie... renoncer à nos biens... Allons-nous continuer à nous jeter avidement sur « l’avoir » comme nous l’y incite notre société de consommation? Ou allons-nous inventer une autre manière de vivre heureux, dans l’amitié, le partage, la simplicité ? Le discernement s’impose plus que jamais ! Amen.

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Écrit par Père Jean Kita

22° Dimanche ordinaire St Germain – LURE 2019

   On vient d’entendre des propos de table bien surprenant dans la bouche de Jésus !  Ne serait-ce pas là une recette habile : prendre la dernière place dans le secret espoir d’être invité aux places d’honneur ? Avouons que cette prétendue humilité ne serait alors qu’hypocrisie... !

   Il nous faut donc chercher ailleurs le sens des paroles de Jésus. Cette page d’évangile n’est pas une leçon de morale pour nous dire : ne soyez pas des arrivistes, mais soyez modestes ! Non, il ne s’agit nullement de cela.

   Cette page nous parle des manières de Dieu. Contemplons donc d’abord Dieu tel qu’il se montre, en Jésus. Alors qu’il aurait eu le droit de « revendiquer le rang qui l’égalait à Dieu » (Philippiens 2, 6), Jésus a choisi de se mettre à la dernière place. « Il a tellement pris la dernière place que jamais personne ne pourra la lui ravir », disait l’abbé Huvelin, le père spirituel de Charles de Foucauld. Dans la scène du lavement des pieds, nous voyons Jésus en tablier, Jésus lavant les pieds sales de l’humanité. En Jésus, la manière de Dieu c’est d’être discret, caché, humble. Il se fait le dernier. Il est l’amour absolu qui se fait serviteur des pauvres que nous sommes. Il n’y a là aucune faiblesse ni sentiment morbide de la part de Dieu !

   A l’opposé, reconnaissons que c’est notre besoin de nous affirmer les uns contre les autres, de dominer par la force ou la séduction, de jouer des coudes pour être au premier rang qui traduit notre faiblesse fondamentale. Rappelons-nous le serpent tentateur de la genèse qui invitait Adam et Eve à manger du fruit défendu pour  « être comme des dieux » (Genèse 3, 5), Nous avons tous en nous un faux dieu à qui nous attribuons nos instincts de puissance.

   Toute autre est sa vraie grandeur : « Lequel est le plus grand, celui qui est à table, ou bien celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui sert ? Eh bien, moi, je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert. », nous dit Jésus (Luc 22, 26). Dieu est le parfait don de soi. Et la croix de Jésus n’est, tout simplement, que la révélation extraordinaire de cette réalité divine. Dieu ne saurait faire autrement que de se donner totalement, en prenant la dernière place pour que l’autre ait toute la place. C’est une véritable folie pour nous les hommes, mais c’est la sagesse de Dieu ! Prendre la dernière place, c’est imiter Dieu !

   Ainsi Jésus nous invite à prendre comme lui, le chemin de l’humilité : Il ne nous demande pas d'être des nuls, de nous laisser marcher sur les pieds, de rechercher la médiocrité. Il veut assez d’humilité pour que nous reconnaissions dans notre prochain quelqu’un d’important lui aussi. Il désire que nous soyons des instruments de Dieu pour rendre service aux plus petits, sans rien attendre en retour. Il désire que nous ayons un cœur attentif aux besoins des autres et à Dieu. Finalement, Jésus nous donne une leçon de gratuité.

  Pour avoir place au Royaume, voyez-vous, il faut se faire tout petit devant Dieu et laisser l’initiative au « maître du Festin ». C’est se faire un cœur de petit enfant qui reçoit dans des mains vides. Il nous invite à être des chrétiens assez humbles, serviables et charitables pour attirer l’autre sur les traces de l’évangile. Il nous invite à refléter une image qui soit  porteuse de la foi. Un sourire, un geste, une main tendue, une parole aimable ou un regard peuvent, vous le savez, être source de vie pour bien des gens autour de nous.

   Les vacances s’achèvent. Une année de services, d’engagements nouveaux est là devant nous. Parce que Dieu est service, mettons-nous à la disposition de ceux qui attendent quelque chose de nous. Peut-être que l’éditorial de ce dimanche vous inspirera en ce sens ?... Amen.

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Écrit par Père Jean Kita

Assomption de la Vierge Marie Lure 2019

  Aujourd’hui, dans la solennité de l’Assomption de la bienheureuse Vierge Marie, l’Eglise, à travers le monde, veut exprimer avec joie sa vénération pour la Vierge Marie, Mère du Christ et notre Mère « Toutes les générations me diront bienheureuse » (Lc 1,48), parce que le Seigneur a exalté son humble servante. L’Assomption au ciel, dans son âme et dans son corps, est un privilège divin accordé à la Sainte Mère de Dieu du fait de son union particulière à Jésus. Il s’agit d’une union corporelle et spirituelle, qui a commencé à l’Annonciation et a mûri tout au long de la vie de Marie. Accompagnait toujours son Fils : elle suivait Jésus, était souvent à ses côtés et c’est pour cela que l’on dit qu’elle a été ‘’la première’’ disciple.

 L’existence de la Vierge Marie s’est déroulée comme celle d’une femme ordinaire de son temps: elle priait, gérait sa famille et la maison, fréquentait la synagogue. Mais toute action quotidienne était toujours accomplie par elle en union totale avec Jésus. Et au Calvaire, cette union a atteint son sommet, dans l’amour, dans la compassion et dans la souffrance du cœur. C’est pourquoi Dieu lui a donné de participer pleinement aussi à la résurrection de Jésus. Le corps de sa Sainte Mère a été préservé de la corruption, comme celui de son Fils.

   Dans la page d’Evangile d’aujourd’hui. St Luc nos fait remarquer que Marie, enceinte du Fils de Dieu,  ne s’enferme pas dans son bonheur.  Bien au contraire, elle se met immédiatement en route.  A notre tour, nous sommes invités à faire de même, c’est-à-dire à aller de visitation en visitation.  Nos visitations personnelles consistent à toujours partir à la rencontre de l’autre et à oser témoigner de celui qui habite au plus profond de notre être.  Certains penseront peut-être que c’est Mission impossible dans un monde plein de contradictions comme le nôtre.  Ne nous décourageons pas devant l’ampleur de la tâche et osons, chacun à notre manière, avec nos dons reçus, témoigner partout où nous sommes, de cette foi qui nous fait vivre.  Devenons comme Marie, des êtres humains capables de toucher le cœur des autres, mieux encore capables de les faire tressaillir de joie, de la joie qui était celle de Marie ! L’espérance chrétienne n’est pas une utopie ! Elle veut faire de nous des baptisés heureux, plein d’avenir, qui n’ont pas peur d’en rendre compte autour de nous ! Notre espérance, comme celle de Marie, nous invite à la joie : joie de croire, joie de prier, joie de chanter la présence du Seigneur en nous, joie d’être ses porte-paroles, de témoigner de son amour ! Et pour cela, n’ayons pas peur d’imiter Marie, de lui confier nos pensées, nos désirs. Comptons sur elle pour nous guider et soutenir chacune de nos vies

Dans notre pèlerinage sur cette terre. Elle est notre Mère du Ciel qui ne peut que nous indiquer la route qui y conduit !

Faisons nôtre cette belle conviction de St Bernard :

‘’En la suivant, on ne dévie pas ; en la priant, on ne désespère pas ; en pensant à elle, on ne se trompe pas. Si elle te tient par la main, tu ne tomberas pas ;

Si elle te guide, tu ne connaîtras pas la fatigue ; si elle est avec toi, tu es sûr d’arriver au but’’. Amen.

   Que Marie nous aide, par son intercession maternelle, à vivre notre marche quotidienne dans l’espérance active de pouvoir la rejoindre un jour, avec tous les saints et nos proches que nous espérons au paradis. Amen.

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Écrit par Père Jean Kita

19° Dimanche ordinaire Roye – Lure 2019

 « Sois sans crainte, petit troupeau… » Ce sont les paroles de Jésus à ses disciples. C’est un appel à la confiance que nous retrouvons tout au long de la Bible : « Ne crains pas, je suis avec toi… » Quand saint Luc écrit son Évangile, beaucoup sont tentés d’abandonner la foi. Alors, il leur rappelle les paroles de Jésus : « Sois sans crainte, petit troupeau ». Cette image du troupeau est un beau symbole ; elle exprime la vigilance et l’amour de Dieu pour son peuple ; Jésus se présente aux siens dans le rôle du berger qui veille sur chacune de ses brebis ; rien ne saurait les séparer de son, amour.

   Cette crainte qui menace le « petit troupeau », nous la connaissons bien. Nous pensons à nos limites, nos faiblesses, nos péchés. Nous voyons tous les jours qu’il n’est pas facile d’affirmer sa foi dans un monde indifférent et hostile. Mais cela n’empêchera jamais la Parole de Dieu de retentir inlassablement : « Ne crains pas, je suis avec toi. N’aie pas ce regard anxieux car je suis ton Dieu » (Isaïe 43, 1). Comme il l’a fait pour ses apôtres lors d’une tempête sur le lac, Jésus nous interpelle : « Confiance, je suis là, n’ayez pas peur ». Le même Christ nous rejoint  dans les tempêtes de notre vie pour nous rassurer et nous inviter à aller de l’avant.

   Le petit troupeau a grandi mais l’Église du Christ n’en reste pas moins un petit troupeau. Ils sont nombreux ceux et celles qui ne connaissent pas le Christ et ne veulent pas entendre parler de lui. Le Seigneur n’a pas promis le succès ni la puissance à son Église. Il veut simplement qu’elle soit « le sel de la terre » et « le levain dans la pâte ». Le sel de la terre et le levain dans la pâte c’est d’abord lui. C’est dans ce monde tel qu’il est que nous avons à témoigner de l’espérance qui nous anime : « Votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume ». Il nous fait cette promesse parce qu’il nous aime tous gratuitement et sans mérite de notre part.

   Notre priorité c’est donc de nous préparer chaque jour à accueillir ce don de Dieu. « C’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’Homme viendra ». Cette parole n’est pas une menace ; il ne s’agit pas d’entretenir une inquiétude ni une angoisse. C’est une parole qui invite à la vigilance, celle de l’amour qui cherche à grandir et s’ouvre de plus en plus aux autres. Cet amour nous empêche de nous replier sur nous-mêmes et de nous endormir sur nos soucis, grands ou petits. Être vigilants c’est creuser toujours plus en nous le désir de la présence de l’Esprit de Jésus, c’est rester attentifs à sa Parole, c’est apprendre à aimer toujours mieux parce que nous sommes infiniment aimés.

 « Restez en tenue de service ! » Servir, c’est le contraire de dominer. Au soir du Jeudi Saint, Jésus s’est agenouillé devant ses disciples. Lui, le « Maitre et Seigneur » s’est fait serviteur pour servir ceux qui étaient à ses ordres. Demandons au Seigneur de nous ajuster à cet amour qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Qu’il nous donne la grâce d’être prêts lorsqu’il reviendra.

C’est là encore, une question de confiance, une question de Foi.

   La lettre aux Hébreux (2ème lecture) se présente précisément comme un éloge de la foi  d’Abraham et des patriarches. Ces ancêtres sont un exemple pour les croyants. C’est ’’Grâce à la Foi’’, qu’ils sont exaucés et bénis de Dieu ! « La foi  est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître ce que l’on ne voit pas ». Avec le Christ, nous sommes des voyageurs à la recherche d’une patrie. Lui-même nous a dit qu’il est « le Chemin, la Vérité et la Vie ». Personne ne va au Père sans passer par lui. C’est là une bonne nouvelle qui doit raviver la foi des croyants affrontés au doute, à l’indifférence et à la persécution.

L’Eucharistie est vraiment le moment où « Dieu est là pour nous servir, pour nous faire passer à table ». C’est l’heure où le Fils de l’Homme est glorifié. Seigneur Jésus, tu nous promets un avenir de joie et de lumière auprès de toi. Garde-nous vigilants dans la confiance et l’espérance, ouverts et accueillants aux signes de l’Esprit Saint. Alors ta venue, loin de nous surprendre, sera notre bonheur pour les siècles sans fin. Amen

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Écrit par Père Jean Kita

18° dimanche ordinaire : Magny Vernois – Lure 2019

     L’Evangile qu’on vient d’entendre, tient à recentrer notre attention sur des choix de vie qui vont à l’essentiel. Pour mieux comprendre, il convient d'avoir une idée de la législation de l'époque du Christ. Pour sauvegarder le patrimoine familial, le droit juif prévoyait que la totalité des propriétés immobilières (terres et maisons) revenait au fils aîné. C'était le droit d'aînesse. La situation la plus probable qui est ici exposée, c'est donc qu'un fils « aîné » s'est emparé de tout l'héritage et refuse de remettre à son cadet la petite part qui lui revient. Alors on demande l'arbitrage de Jésus.

   Or la réaction de Jésus est surprenante : « Qui m'a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages ? » C'est donc pour le moins, une dérobade ! C'est un peu comme si Jésus se défendait d'entrer dans les affaires temporelles, dans les questions d'argent. C'est une tentation constante des hommes de demander à la religion, je dirais, de sacraliser leurs intérêts. Jésus refuse cette confusion. Il renvoie chacun à ses responsabilités.

    Jésus donc n'entre jamais dans les problèmes que l'homme doit résoudre lui-même. Mais il indique où se trouve l'essentiel et là où il n'est pas « Gardez-vous de toute cupidité, car au sein même de l'abondance, la vie d'un homme n'est pas assurée par ses biens. »

   L'essentiel n'est pas le service de l'argent ou du profit (qui sont de simples moyens), c'est le service de l'homme. Oui, c'est « la vie de l'homme » qui est première, et non la richesse ! Et Jésus explicite sa pensée en racontant la petite parabole sur les soucis d'un riche propriétaire. Le voici donc avec une retraite substantielle, des réserves en abondance, de nombreux intérêts à percevoir, de beaux voyages en perspective, des week-ends gastronomiques... Tu es fou ! dit Dieu. L'infarctus te guette et le cancer te menace. Et tout ce que tu auras mis de côté, qui l'aura ?

« Un homme s'est donné de la peine ; il était avisé, il s'y connaissait, il a réussi. Et voilà qu'il doit laisser son bien à quelqu'un qui ne s'est donné aucune peine. Cela aussi est vanité», disait, dans la première lecture, le vieux Qohéleth, (III° siècle avant J.Christ). Comme lui, Jésus nous parle de la déception que peut causer le fait de mettre sa confiance uniquement dans des réalisations matérielles, terrestres. Le bonheur n’est pas à ce prix !

Mais alors, que faire ? Quelle attitude adopter ? La lettre de saint Paul aux Colossiens vient répondre à cette question. « Vous êtes morts et votre vie est désormais cachée en Dieu avec le Christ. » Qu'est-ce à dire ? Il y a le monde des apparences, qui se compte, qui se mesure, celui que la raison peut classer et, celui dans lequel nous sommes le plus à l'aise, parce que réel, et concret. Mais rien de cela ne peut vraiment donner un sens définitif à notre vie.

   Certes,  ne faussons pas la pensée de Jésus. La richesse n'est pas mauvaise en soi. Tant mieux si chacun peut vivre aisément. La seule question est de savoir : est-ce que nous faisons bon usage de nos biens ? Pour quel service ? Est-ce que notre souci essentiel est l’équité, le partage fraternel ? L'argent peut être bon s'il n'est pas uniquement « pour soi-même ».

   N’oublions pas que nous sommes tous de passage dans ce monde…Jésus semble vouloir nous rappeler qu’au-delà des apparences, existe un autre monde : Ne soyez pas esclaves des faux dieux matériels, idoles impitoyables qui détruisent, en rendant inhumains ceux qui s’acharnent à vouloir gagner toujours davantage. La « vie de l'homme » ne s'achève pas ici-bas. Le coffre-fort ne suit pas le cercueil ! Le pape François disait que dans le linceul de Jésus, il n’y avait pas de poche ! Dieu seul est la valeur stable et éternelle. Tout le reste est éphémère, passager,  « vanité de vanité » comme disait Qohéleth... Il est fou celui qui ne réduit son horizon qu’aux réalités terrestres ; il est sage celui qui recherche ‘’les réalités d’en-haut’’ : car, la véritable richesse, c’est Dieu ! Amen.

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Écrit par Père Jean Kita

16° Dimanche Ordinaire : Les Aynans – Lure 2019

Nous voici au cœur de l'été. C'est la période des vacances. Un peu partout, les activités sont ralenties, même au sein de la paroisse. C'est donc le moment favorable pour donner la première place à ce qui est effectivement le plus important dans la vie : l’ECOUTE : l’écoute des autres,  l'écoute de la Parole du Seigneur. L'Evangile de ce dimanche nous le rappelle avec cet épisode de la visite de Jésus chez Marthe et Marie, comme vient de le rapporter St Luc. Il y a de quoi méditer sur notre sens de l’Hospitalité.

Ces 2 sœurs sont attachantes : elles incarnent 2 manières d’accueillir un hôte de marque, le Christ, leur ami. L’une est active, ’’accaparée’’, ’’agitée’’ par les affaires matérielles, l’autre paisible, plus intérieure. Marthe s’affaire pour un service d’accueil de qualité. Assise aux pieds de Jésus, Marie est toute à l’écoute des paroles de Jésus : elle est dans la contemplation.

St Augustin décrivant cette rencontre écrira que « Marthe n’avait qu’un souci : comment nourrir le Maître ; Marie n’en avait qu’un : comment être nourrie par lui. Marthe préparait un festin au Seigner ; un autre festin faisait déjà les délices de Marie »

En fait, ces 2 attitudes de contemplation et de service ne s’opposent pas : elles se complètent.

Ce qui est essentiel, c’est la fécondité de ces 2 attitudes. Cependant, une chose est sûre, c’est que la contemplation est indispensable et précède toute action, sinon, le risque est grand de tomber dans un activisme exacerbé souvent source de stress, de burnout. « Aujourd’hui nous sommes tellement pris, avec frénésie, par tant de problèmes que nous manquons de capacité d’écoute, oubliant que dans la capacité d’écoute il y a la racine de la paix » fait remarquer le pape François dans une de ses méditations et il ajoute : « A la fin, beaucoup deviennent des disciples de cette religion qu’est l’hyper-occupation: ils appartiennent au groupe des hyper-occupés, qui sont toujours en train de faire, qui n’ont jamais le temps… Accaparé par le langage des mains, ils en oublient le langage du cœur : il leur manque la contemplation. C’est ce qui manquait à Marthe ».

Marie, c’est le contraire : assise auprès de Jésus, elle n’en reste pas pour autant inactive : elle est toute à l’écoute et elle « regardait le Seigneur parce que le Seigneur touchait son cœur et de là, inspiré par sa parole, pouvait venir le travail à accomplir par la suite.  Cela fait penser à la Règle de saint Benoît, « Ora et labora » – « Prie et travaille » –  qu’incarnent des moines et des moniales cloîtrées, qui certes ne restent pas toute la journée à regarder le ciel : ils prient et travaillent. Et c’est ce que l’apôtre Paul a incarné quand Dieu l’a choisi … il n’est pas allé prêcher  immédiatement, mais il est allé prier,  contempler le mystère de Jésus Christ qui lui avait été révélé pour « mener, ensuite à bien, l’annonce de la Parole ».

En conclusion : soyons donc à la fois Marthe et Marie. Avec Marthe, faisons en sorte que toute notre activité extérieure se rapporte au Christ, consiste à lui faire bon accueil, à lui d'abord, et aussi par amour pour lui, à tous ceux qui l'accompagnent, c'est-à-dire aux pauvres dont il tient chacun non seulement pour son disciple, mais pour lui-même : « Ce que vous faites à l'un des plus petits parmi mes frères, c'est à moi-même que vous l'avez fait » (Mt 25,40)... Efforçons-nous de retenir notre hôte. Disons-lui comme ces deux disciples se rendant au village d'Emmaüs : « Reste avec nous, Seigneur » (Lc 24,29). Et alors, soyons-en sûrs, qu’il ne s'éloignera pas de nous, à moins que nous ne l'écartions nous-mêmes par notre ingratitude et nos manques d’écoute. Amen...

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