Sermons 2019

Écrit par Père Jean Kita

Dimanche des Rameaux © Lure 2019

Ce long récit de la passion, n’est pas le simple reportage d’un fait divers comme on peut en lire tous les jours dans les journaux …C’est le récit d’un amour divin, miséricordieux, révélé par Jésus…mais incompris par notre humanité trop engoncée dans ses habitudes et certitudes

Je voudrais attirer notre attention sur un homme qui passe inaperçu dans ce long récit de la Passion. Et pourtant, il aurait beaucoup de choses à nous dire. Il s'agit de Simon de Cyrène, celui qui a aidé Jésus à porter sa croix sur le chemin du Calvaire. Nous ne savons pratiquement rien de lui sinon qu'il était originaire de Cyrène. Et Cyrène c'est en Afrique du Nord. C'était donc un étranger. Cet homme finissait sa matinée de travail et il rentrait chez lui pour un repos bien mérité. Mais les soldats romains l'ont réquisitionné pour porter la croix de Jésus.

Ce qui nous frappe chez Simon c'est son anonymat mais aussi la place privilégiée qu'il a prise dans le mystère de la Passion du Christ. C'est un anonyme. On n'a pas reparlé de lui. Il n'a pas eu sa place dans le catalogue des saints. Il est entré dans l'oubli de l'histoire. Et pourtant… on peut dire qu'il a eu une place extraordinaire. Il est le seul qui a porté la croix du Christ. Il était seul à côté de lui. En acceptant cela, il a été le partenaire de l'événement le plus bouleversant de l'histoire : C'est le chemin de croix où Dieu lui-même a donné sa vie pour que tous les hommes soient sauvés. En cette heure d'épreuve extrême, Dieu a besoin d'un homme. Simon qui ne faisait que passer par là est devenu le premier disciple de Jésus. Sans le savoir il a répondu à l'appel de celui qui avait dit  "Celui qui veut être mon disciple, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive "

Et voilà que Simon a pris la place de disciple bien avant les Douze qui s'étaient enfui, bien avant cet autre Simon qui l'avait renié. Il s'est compromis avec un homme condamné, rejeté et méprisé de tous. Ce Simon de Cyrène est le frère de gens très simples. Pensons à tous ceux et celles qui se dévouent au service des plus pauvres, des exclus.

Nous vivons dans un monde dur. Beaucoup de jeunes sont inquiets pour leur avenir. La solitude de certains est très lourde à porter. Ils sont de plus en plus nombreux ceux et celles qui sombrent dans le désespoir. Simon de Cyrène nous montre le chemin de la solidarité. Lui le lointain s'est fait le prochain. Comme lui, nous entendons l'immense appel à porter les croix les uns des autres.

Il est important que des personnes soient là pour aider celui ou celle qui souffre à porter sa croix. A travers tous ces souffrants que nous croisons sur notre route, c'est Jésus qui est là. Tout ce que nous faisons pour le plus petit d'entre les siens c'est à lui que nous le faisons.

Cette semaine, regardons davantage le Christ en Croix ! Soyons plus proches de lui ! Sa mort est un message, il est un appel à aimer comme Lui avec le meilleur de ce que nous sommes. Laissons-nous aimer par la toute-puissance de son amour sauveur. Amen.

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Écrit par Père Jean Kita

4° Dimanche de Carême © Amblans-Lure 2019

  Quel contraste entre, d’une part, cet accident survenue cette semaine dans notre église et qui a couté la vie à un membre de la communauté luronne et d‘autre part ces textes qui nous invitent à la joie ! La mort accidentelle est toujours choquante, questionnante. Que faire d’autre sinon implorer la miséricorde de Dieu pour lui.

   En attendant, notre chemin vers Pâques, nous invite à relever la tête, et à vivre une véritable conversion, c’est-à-dire un véritable retour à Dieu qui, comme le Père de l’enfant prodigue, nous attend avec patience sur le pas de sa porte, pour nous voir arriver, courir à notre rencontre, nous serrer dans ses bras et nous inviter à la joie, à la fête ! Nous sommes invités à découvrir ce monde de Dieu dans lequel nous sommes tous appelés à vivre : Celui de sa miséricorde infinie !

   La première lecture nous disait déjà la joie du peuple d’Israël qui a été libéré de l’esclavage d’Égypte. Après une longue traversée du désert, il entre dans la Terre promise. Cette entrée donne lieu à une grande fête. En l’honneur de Dieu libérateur et sauveur. Dieu veut que nous soyons libres et heureux. C’est aussi ce que nous rappelle la campagne du CCFD Terre Solidaire : « Devenons des acteurs pleins d’humanité, de justice et de fraternité ».

Mais, nous dit St Paul : pas de bonheur sans réconciliation ! « Laissez-vous réconcilier avec Dieu. » Le monde entier a besoin d’être réconcilié. Dieu ne nous a pas abandonnés : il a pris l’initiative d’envoyer son Fils pour « chercher et sauver ceux qui étaient perdus ». Si nous prenons le temps de l’accueillir, ce sera la joie retrouvée. Alors oui, laissons-nous réconcilier avec Dieu et entre nous.

   L’Évangile nous invite à faire un pas de plus dans la découverte du vrai visage de Dieu. Cette parabole du fils prodigue, nous la connaissons bien Sans doute  que nous nous reconnaissons un peu à travers ces 2 frères !  Cet Évangile nous parle de Dieu et de nous. Il nous dit que c’est ainsi que Dieu agit avec nous ; il nous laisse libres. En nous créant, il nous a fait le don de la liberté. C’est à nous d’en faire un bon usage.

   Mais quand nous nous éloignons de lui, quand nous courons à notre perte, Dieu nous porte toujours dans son cœur ; comme le cadet des 2 frères, il attend notre retour confiant. Il est comme ce père qui scrute la route dans l’espoir de nous voir revenir nous aussi  à lui, nous accueillir et nous serrer dans ses bras. Malgré les nombreuses bêtises dont nous sommes capables, il veut être heureux de nous accueillir.

   Vous savez, quand on se sent pécheur, on se sent vraiment peu de chose, on se sent sale ; c’est alors que nous sommes invités à aller vers le Père. Et nous découvrons que sa grande joie c’est de nous accueillir et de nous guérir. Il est incapable d’en vouloir à ses enfants quoi qu’ils aient fait ; il n’est que miséricorde pour tous, même pour celui qui a commis le pire. Nous sommes tous aimés de Dieu ; son Royaume est offert à tous. Il nous appartient de le dire et de le redire à ceux qui ne le savent pas.

   Mais dans l’Évangile de ce jour, il y a un problème : le fils aîné rejette son frère au lieu de l’accueillir. Au premier abord, il a raison : ce frère a gravement fauté ; il a déshonoré sa famille ; il doit assumer les conséquences de ses actes. Ce fils aîné se considère comme juste et irréprochable. Mais il oublie que son orgueil le coupe de l’amour de son père et de son frère. Nous ne pouvons pas accueillir Dieu si nous ne sommes pas fraternels avec ceux et celles qui nous entourent.

Rappelez-vous : ‘’Aimer Dieu et aimer son prochain, c’est le même commandement !’’. Ne croyons pas que nous sommes justes quand nous aimons l’un au détriment de l’autre !  

   Il est donc urgent pour nous d’entrer dans ce monde de Dieu, monde de la miséricorde, de la gratuité et du pardon. En ce temps du Carême qui nous prépare à Pâques, nous sommes tous appelés à intensifier ce chemin intérieur de conversion. Laissons-nous toucher par ce regard plein d’amour du Père et retournons à lui de tout notre cœur, en rejetant tout compromis avec le péché.

Pour cela, n’occultons pas le sacrement de réconciliation ! Il est le sacrement par excellence de la grâce et de la miséricorde bienfaisante de Dieu et de la joie assurée ! Amen.

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Écrit par Père Jean Kita

3° Dimanche de Carême © Champagney 2019

   Dans le récit que nous venons d'entendre, Jésus combat une croyance qui a la vie dure à propos des catastrophes qui seraient pour beaucoup : une punition divine. N’est-ce pas, de nos jours encore, la réaction spontanée de beaucoup quand il leur arrive un pépin : « qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu? » Il est faux et même blasphématoire de penser que les cataclysmes qui peuvent se produire soient des punitions divines. Il ne faut jamais lier péché et malheur. Cela n’a rien à voir.

   Dans l'Evangile, Jésus commente justement deux faits divers atroces : l'assas-sinat d'un groupe de gens pendant qu'ils offraient un sacrifice et la mort d'un autre groupe dans l'effondrement d'une tour. «Pensez-vous qu'ils étaient plus pécheurs que les autres », sous-entendu « pour mériter une telle punition » ? La réponse de Jésus est claire. « Et bien, non. » Mais le plus souvent, face à la souffrance, ce qui vient plutôt à l'esprit c’est d’en vouloir à Dieu et même de nier son existence : puisque le mal existe, Dieu n'existe pas. Mais que dire à ceux qui sont ainsi blessés ou révoltés ? Oui, que fait Dieu ?

   Pour comprendre, revenons à la 1° lecture qui nous parle de Moïse dont le peuple est maltraité en terre d’Egypte. Sur la montagne de l’Horeb, il se trouve face à un buisson ardent qui brûle sans se consumer, et là, il entend une voix qui lui dit : « Je suis le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. J’ai vu la misère de mon peuple, oui  je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer. » Et illui fait comprendre qu’il compte sur lui pour  libérer son peuple : ‘’Va, je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Egypte mon peuple…’’  Voulant des preuves pour savoir quelle est cette voix qui l’interpelle, il entend Dieu lui-même se définir : ‘’Je suis qui je suis’’ c’est à dire le Dieu éternel. Tu peux donc me faire confiance ! Dieu existe bel et bien et notre vie l’intéresse, quelles que soient nos difficultés, nos erreurs, nos souffrances. Il n’en n’est pas la cause. Il n’est pas indifférent, mais il compte sur nous, comme sur Moïse pour nous libérer de nos impasses.

   Et nos impasses, nous les connaissons : elles sont le résultat de nos contradi-ctions, de nos limites, en un mot, de notre péché. Le mal n’est pas seulement autour de nous, il est aussi en nous. Et c’est là qu’il convient d’agir et de mener un combat difficile certes, pour ne pas devenir comme ce figuier dont Jésus parle dans l’Evangile de ce jour et qui, depuis 3 ans,  ne porte pas de fruits ! Faut-il le couper ou lui redonner sa chance ? Jésus, en bon vigneron, souhaite qu’on lui redonne sa chance, qu’on bêche autour, qu’on lui mette de l’engrais pour qu’il reparte.  Autrement dit, Il ne désespère pas de nous, si nous savons nous convertir, rechercher des moyens pour retrouver vie et dignité : ne pas nous laisser dessécher par le péché. C’est un appel à une véritable conversion qui nous est ainsi demandé.

   Ne laissons pas passer ce temps de Carême pour cela ! Pratiquons la prière, le jeûne et le partage, comme Jésus nous l’a demandé le Mercredi des Cendres ! Réconcilions-nous avec le Seigneur, avec les autres et avec nous-mêmes ! Osons lui faire confiance et luttons de toutes nos forces contre le mal, en nous, dans l'Eglise et dans le monde. C’est alors que nous arriverons à la fête de Pâques, non pas seulement pour célébrer la résurrection du Christ, mais notre propre résurrection. Cela fera la joie de Dieu. Amen.

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Écrit par Père Jean Kita

2° Dimanche de Carême ©  Les Aynans – Lure 2019

Quand nous parlons du Carême, nous pensons souvent sacrifices, renoncements, privations. Les 3 lectures de ce dimanche nous invitent à regarder plus loin, et plus haut. A travers la promesse faite à Abraham, (1° lecture) les encouragements de St Paul aux chrétiens de Philippe (2° lecture) et l’Evangile de la Transfiguration, c’est notre destinée éternelle qui nous est rappelée. Nous sommes invités à y réfléchir.

La 1ère lecture a pu nous paraître un peu déroutante ; en fait, elle évoque des pratiques très connues dans le Proche Orient : quand deux hommes pactisaient ou deux groupes faisaient alliance, ils utilisaient ce rituel qui consistait à passer entre les deux moitiés d’un animal coupé en deux en disant :’’Qu’il m’arrive la même chose qu’à cet animal, si je ne respecte pas les clauses du traité’’. Ensuite, ils déchiraient le traité en deux parties et chacun en prenait une moitié. Lorsqu’il y avait un litige, les 2 parties revenaient avec leur partie du traité, on les juxtaposait et on relisait les clauses de cette alliance. Ici, cette vision d’Abraham symbolise le Seigneur lui-même passant tel ‘’un brasier fumant et une torche enflammée’’. C’est ainsi que Dieu se lie pour toujours à son ami Abraham en lui promettant une nombreuse descendance qu’il veut conduire vers son Royaume.

C’est cette bonne nouvelle que St Paul nous rappelle dans sa lettre aux Philippiens. Le but de notre vie n’est pas sur cette terre. Nous sommes « citoyens du ciel ». Nos pauvres corps sont destinés à être transformés à l’image du « Corps glorieux » de Jésus. Le Carême nous donne l’occasion de nous détourner de nos préoccupations mondaines et de nous attacher au Christ. Aujourd’hui, l’apôtre dénonce « ceux qui se conduisent en ennemis de la croix du Christ. Ils vont à leur perte. » Nous chrétiens, nous savons que nous sommes sauvés par le Christ seul. Nous attendons de partager sa résurrection. C’est en ce sens que nous sommes « citoyens du ciel ».

L’Évangile nous montre Jésus qui prend trois de ses disciples sur la montagne pour prier. « Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante ». Ainsi, les disciples de Jésus découvrent que sa prière devient « transfigurante » ; c’est aussi vrai pour chacun de nous. Elle nous aide à sortir de nous-mêmes et à nous ajuster à Dieu. Ce contact permanent avec lui ne peut que nous transformer. Il s’agit pour nous d’accueillir l’amour qui est en Dieu pour qu’il rayonne  en nous et soit communiqué autour de nous.

Sur la montagne, Jésus n’est pas seul : deux hommes s’entretiennent avec lui, Moïse et Élie qui ont été les grands acteurs de l’alliance de Dieu avec les hommes. Tous trois « parlaient ensemble de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem ». C’est là que Jésus sera arrêté, condamné et mis à mort sur une croix. Pour les disciples, ce sera une épreuve très douloureuse.

Mais pour raviver leur foi, Jésus leur laisse entrevoir la gloire qui sera la sienne lors de sa résurrection. Au-delà de nos souffrances et de nos épreuves, c’est à cette gloire que nous sommes tous appelés par Dieu lui-même. En ce dimanche et tout au long du Carême la voix du Père est là : « Celui-ci est mon Fils, écoutez-le ». Aujourd’hui, vous voyez son visage transfiguré ; un jour, vous le verrez défiguré par la haine, la violence et les scandales de toutes sortes. Mais le mal n’aura pas le dernier mot. C’est l’amour qui triomphera. Nous sommes tous appelés à participer à la victoire du Christ ressuscité.

Voilà cet appel du Père. La réponse que nous donnerons nous transfigurera si elle répond au désir de Dieu. Toutes nos actions du Carême participent à ce vaste mouvement de transfiguration. Cela peut se manifester par de nouvelles formes de jeûne, de partage et de solidarité. En ce temps du Carême, le CCFD Terre Solidaire nous rappelle que 821 millions de personnes ne mangent pas à leur faim. À travers eux, c’est le Seigneur qui est là et qui nous interpelle. Comme Abraham, comme Paul et comme les disciples, nous sommes invités à sortir de nous-mêmes et à ÉCOUTER la voix du Père. Fort de sa Parole, puissions-nous devenir des semeurs de Fraternité. C’est la condition requise pour notre transfiguration. Amen.

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Écrit par Père Jean Kita

1° Dimanche de Carême © St Germain – Lure 2019

   Depuis mercredi, le carême 2019 est commencé. Carême veut dire ’’quarante’’. Comme le Christ est allé au désert durant 40 jours, nous sommes invités à le suivre pour réfléchir au sens de notre vie. Rude épreuve que cette expérience du désert ! Il n’y a rien ! On y est seul face à soi-même, face à l’immensité de l’existence, face à Dieu. C’est le lieu privilégié pour aller à l’essentiel et là, on ne peut pas tricher. Le désert est un lieu de vérité sur soi-même et sur ses comportements envers Dieu… C’est là que 3 fois, Jésus est mis à l’épreuve par le démon (‘’diabolos’’ en grec,= le diviseur).

   J’aime cette séquence qui nous montre un Jésus humainement vulnérable comme tout un chacun ! Mais si ses tentations sont humaines, ses réactions sont divines !

   Ah les tentations, les séductions ! Ne laissez pas passer votre chance! Chaque jour nous apporte son lot de sollicitations publicitaires, d’offres alléchantes, de produits démarqués et d’occasions uniques. Leur but est de nous convaincre que nous avons des besoins que nous étions les seuls à ignorer et qu’ils se proposent à satisfaire, contre monnaie sonnante et trébuchante. Par contre, à propos du carême, c’est le silence radio. Le carême traîne avec lui une réputation faite de cendres, de restrictions, de sacrifices et de triste tête d’épouvantail.

   C’est bien mal connaître ce chemin libérateur qui serpente à travers le désert pour déboucher sur Pâques. « Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête », dit Jésus. Montre aux autres un visage joyeux et souriant. Car le Carême est tout le contraire d’un moment de désolation. C’est le lieu du combat spirituel. Ce qui rend triste, c’est qu’au fond nous ne désirons pas tellement combattre. Nous sommes assez satisfaits de nos habitudes. Les invitations à la conversion nous dérangent. Oui, nous sommes pécheurs. Nous résistons aux appels de Dieu. Nous sentons bien, parfois douloureusement nos limites, mais nous ne nous sentons pas le courage de changer de vie.

   Le carême est ce temps favorable pour nous laisser conduire au désert par l’Esprit. C’est l’occasion de ne pas se laisser surprendre par  les pièges tendus par le démon. C’est le moment de voir comment Jésus, harcelé par ses assauts, les a vaincus pour nous.

   Les ruses du démon sont auréolées de séduction et de clinquant. C’est la tentation d’utiliser la Parole de Dieu pour la mettre au service de tous nos appétits d’avoir, de savoir et de pouvoir. Vivre à l’aise, sommer Dieu de nous épargner les ennuis et la souffrance, chercher à dominer : nous ne sommes pas à l’abri de ces convoitises. La course au merveilleux, le besoin d’écraser, l’illusion de vouloir mettre Dieu à notre service... comment répondre à ces perversions ? -Par la triple riposte du jeûne, de la prière et du partage. Ce carême sera un chemin de joie si nous y rencontrons le Seigneur pour que sa Parole de vie s’enracine dans nos vies. Il se fera sentier de paix si nous renonçons aux abondances qui nous enlisent et nous ankylosent le cœur. Il deviendra épanouissement du meilleur de nous-mêmes si nous rejoignons, dans la solidarité concrète avec les pauvres d’argent ou d’amour, le Ressuscité toujours vivant.

Profitons de ce temps favorable pour vivre un réel compagnonnage avec Jésus.
Comme Lui, prions, jeûnons, partageons ! Faisons de la résistance, comme Jésus au désert devant les tentations mauvaises !  N’ayons pas peur de mener le combat de la conversion en nous laissant guider par la force de l’Esprit Saint et ainsi, nous goûterons mieux aux joies de la résurrection du Christ ! Courage et bon Carême  à tous !  Amen.

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Écrit par Père Jean Kita

8° Dimanche ordinaire © Vy les Lure – Lure 2019

Les textes bibliques de ce dimanche nous invitent au discernement et à l’humilité.  

    La première lecture nous parle du tamis qui filtre les déchets. Nous aussi, nous avons un tri à faire dans notre vie. Pensons à tous ces bavardages futiles, ces publicités tapageuses, ces slogans que nous entendons à longueur de journée. Tout cela nous empêche d’y voir clair dans notre vie. Certaines paroles révèlent l’étroitesse d’esprit de celui qui les prononce. La première lecture nous recommande de ne pas faire l’éloge de quelqu’un avant qu’il ait parlé. Ses propos peuvent révéler le meilleur comme le pire.

   Dans l’Évangile de ce jour, le Christ nous invite à faire un pas de plus. Il nous rappelle que nous risquons d’être disqualifiés si nous ne mettons pas notre vie en accord avec l’Évangile. Ceux qui ont la charge de guider les autres doivent impérativement imiter leur Maître ; ils doivent se laisser former par lui. S’ils ne le font pas, ils seront comme des aveugles qui prétendent guider d’autres aveugles. C’est un appel pour nous à nous mettre chaque jour à l’écoute de l’Évangile et à nous en imprégner.

   Aujourd’hui, le Christ insiste sur le regard que nous portons sur les autres, en particulier sur nos frères. Nous voyons plus facilement leurs défauts que leurs qualités. Ces défauts, il faut vivre avec, et ce n’est pas drôle. Nous voudrions aider notre frère à se corriger. Mais nous oublions que nous sommes mal placés pour le faire. Car nous aussi, nous avons nos défauts. Nous sommes souvent comme cet homme qui voudrait enlever la paille qui est dans l’œil de son frère mais qui ne remarque pas qu’il y a une poutre dans le sien. Nous avons trop tendance à juger sévèrement les autres et à être conciliants envers nous-mêmes. Les torts des autres, leurs faux pas, leurs mensonges, nous les voyons facile-ment. C’est une invitation à être plus cohérent dans notre façon de vivre, plus cohérent entre nos paroles et nos actes, plus cohérent avec Dieu.  ‘’Etre chrétien, c’est penser comme un chrétien, sentir comme un chrétien et agir comme un chrétien ‘’ dit le Pape François.

      Cet Évangile nous invite à changer notre regard sur les autres et sur nous-mêmes. Juger les autres, c’est de l’hypocrisie, c’est vouloir se mettre à la place de Dieu. Nous sommes trop mal placés pour le faire. Le jugement appartient à Dieu seul. À notre jugement, il manque souvent la miséricorde.

   Pour comprendre cet Évangile, c’est vers le Christ qu’il nous faut regarder. Tout au long de sa vie, il a accueilli les publicains, les pécheurs et les infréquentables de toutes sortes. Il aurait pu leur reprocher leur mauvaise vie et les rejeter. Mais lui-même nous dit qu’il est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. Et quand l’un d’entre eux revient vers le Père, Jésus nous dit que c’est jour de fête chez les anges de Dieu.

   Cet Évangile rejoint notre Église dans ce qu’elle vit actuellement. Tout au long des siècles, elle a connu des crises très graves, des hérésies, des abus, des contre-témoignages de toutes sortes. Mais le Seigneur a toujours mis sur sa route les personnes qu’il fallait pour l’aider à se remettre en accord avec l’Évangile. Dans les moments dramatiques, des grands témoins de la foi ont donné le meilleur d’eux-mêmes. À travers eux, c’est l’appel du Seigneur qui retentissait : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ! » Nous chrétiens d’aujourd’hui, nous sommes envoyés non pour dénoncer ou accuser mais pour être les témoins et les messagers de l’Évangile auprès de tous ceux et celles qui nous entourent. Le Seigneur nous assure de sa présence. Comptons davantage sur lui. Amen.

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Écrit par Père Jean Kita

 7° Dimanche ordinaire Roye – Lure 2019

     Dimanche dernier, nous avons entendu le beau message de Jésus : les béatitudes. Jésus nous disait entre autre : ‘’Heureux les artisans de Paix, ils seront appelés Fils de Dieu’’. Aujourd’hui, Jésus met en garde ses disciples sur l’attitude à avoir face à des ennemis. ‘’Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent…’’. Voilà des paroles bien difficiles à entendre et à mettre en pratique ! L’amour des ennemis semble bien loin de la réalité du monde où nous vivons avec ses conflits, ses abus, ses vengeances et représailles !

Les réactions de rejet ne manquent pas face à de tels propos. Le philosophe Nietzsche, prônant un surhomme qui s’imposerait par la force écrivait : « la morale chrétienne est faite pour les faibles et les poltrons »… « L’Evangile est une brillante utopie ! » disait un jour un professeur de philosophie à ses élèves… tant cela est irréalisable ! 

   Oui, on est loin du passage des Béatitudes ! Pourtant, nous sommes tous d’accord pour dire : y’en a marre de la violence, des vengeances, du terrorisme, de tous les fauteurs de troubles qui semblent régner en maître dans notre société ! Mais comment y parvenir ?

   Il me semble que le  message de Jésus est clair : Il s’agit de supprimer la violence non en supprimant celui qui est violent. Il s’agit de remplacer toutes les formes de violence en les remplaçant par l’amour, en mettant de l’amour dans le monde ! Cette vision n’est pas utopiste ! Confondre la violence par l’amour n’est pas un acte de faiblesse, mais la plus grande force que l’homme puisse manifester au monde. Car il faut plus de force pour pardonner que pour punir. La force du pardon c’est certainement l’arme la plus efficace pour éradiquer les maux de notre temps.

   Mais Jésus ne nous demande pas de rester passifs contre le mal, ni que nous soyons comme des moutons qui se laissent tondre ou abattre sans rien dire ni rien faire. Durant sa Passion, Jésus n’a pas tendu physiquement l’autre joue quand il a été giflé par un serviteur du Grand Prêtre. Il a répondu sans haine, avec dignité, demandant à cet homme la raison de son geste…Il a subi la flagellation, mais il a laissé entendre à Pilate qu’il abusait de son ‘’pouvoir reçu d’en haut’’ ! Jésus ne nous demande pas de rester sans réaction devant les insultes, les coups, les injustices…Il ne nous demande pas d’être maso !

   Aimer son ennemi devient une victoire sur le mal par le bien. C’est la victoire de Jésus, celle de Gandhi, de Martin Luther King, des 7 moines de Tibhirine, ou encore celle de St Jean Paul II pardonnant à son assassin… En brisant ainsi la spirale de la violence, quoiqu’on en dise, le bien sera toujours une force supérieure au mal. Si la haine ne fait qu’alimenter le déferlement de la haine, le pardon et l’amour font des miracles de transfiguration ! En tout cas, aimer est toujours une chance offerte à celui qui aime et à celui qui est aimé. C’est ainsi que David n’a pas voulu se venger de Saül, l’invitant même à cesser sa traque meurtrière.

   On raconte qu’un roi envoya un jour son meilleur général avec sa meilleure armée pour anéantir son ennemi menaçant aux frontières…Après des mois sans nouvelle de ses troupes, le roi décida d’aller lui-même sur place pour se rendre compte de ce qui s’était passé. En arrivant, il découvrit son armée en train de fraterniser et de festoyer joyeusement avec les forces adverses. ‘’Tu n’as pas accompli ta mission, dit-il à son général, je t’avais envoyé anéantir mon ennemi !’’ Et le général de répondre :’’C’est ce que j’ai fait, j’ai réussi à en faire un ami !’’

N’est-ce pas ce que Jésus nous propose en nous demandant d’aimer nos ennemis ? Sa loi nouvelle vient dépasser la loi du talion ‘’œil pour œil, dent pour dent’’ qui entendait donner une juste mesure à la vengeance mais ne la supprimait pas pour autant.

  Jésus nous invite à un agir nouveau pour un monde nouveau. Il nous propose d’imiter son Père, ‘’car il est bon pour les ingrats et les méchants’’. Notons au passage que nous sommes, nous aussi parfois, du nombre de ces ingrats et de ces méchants, oui, mais pourtant aimés et pardonnés, bénéficiant de l’amour bienveillant et bienfaisant du Père. Il fait le pari de nous voir enfin nous comporter comme ses amis. Que cette eucharistie nous convertisse : nous y célébrons l’amour extrême et gratuit de son Fils Jésus le Christ ! Amen.

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