2026 - Edito du 1er février

Last Updated: Friday, 30 January 2026 Written by Père BELIN

Discours-programme, poème inaugural, hymne au bonheur, autoportrait du Christ... Il y a bien des façons de lire les Béatitudes, et aucune ne les épuise. Il arrive aussi que ce discours paradoxal demeure impénétrable à celui qui l'écoute, comme s'il restait trop abstrait. Que signifie, concrètement, être « pauvre de cœur », avoir le « cœur pur » ou être « persécuté pour la Justice », quand on a une vie calme et linéaire, sans événement notable, sans surprise et sans drame ? Que veulent dire ces Promesses célestes, « la terre en Héritage », la « satiété » ou la « grande Récompense dans les Cieux », quand on croit tranquillement au Paradis, sans rien demander de plus ? Contrairement à d'autres propos du Christ, il me semble qu'il faut au moins une vie entière pour entrer dans l'intelligence profonde des Béatitudes. Car c'est un texte qu'il est délicat d'appliquer à autrui. Dire à un ami, qui pleure ou qui est persécuté, qu'il est alors heureux, ce peut facilement être pris comme une violence, un déni de sa souffrance présente. C'est seulement lorsque l'on expérimente soi-même ces situations de peine, de combat ou de choix à faire entre la vengeance et la bonté, que l'on peut saisir quel bonheur le Seigneur nous y réserve, et quel avenir Il nous laisse alors entrevoir. Les Béatitudes sont un discours-miroir dans lequel nous pouvons nous reconnaître, le jour où il nous est donné de Le regarder en face. Et ce jour-là, enfin, le mot de « Bonheur » cesse d'être une abstraction.

 Père Martin Charcosset dans Magnificat n°362